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Les Vaches de Staline de Sofi OKSANEN

Edition Stock - Coll. La Cosmopolite. 2011. 512 p.

 

4ème de couverture : 

      "Les « vaches de Staline », c’est ainsi que les Estoniens déportés en Sibérie désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent là-bas, dans une sorte de pied de nez adressé à la propagande soviétique qui affirmait que ce régime produisait des vaches exceptionnelles. C’est aussi le titre du premier roman de Sofi Oksanen, dont l’héroïne, Anna, est une jeune Finlandaise née dans les années 1970, qui souffre de troubles alimentaires profonds. La mère de celle-ci est estonienne, et afin d’être acceptée de l'autre côté du "Mur", elle a tenté d’effacer toute trace de ses origines et de taire les traumatismes de l’ère soviétique.

Sofi Oksanen décrit avec une grande puissance d’évocation les obsessions de ces deux femmes : Anna ne pense qu'à contrôler l'image de son corps, tandis que sa mère raconte sa rencontre avec « le Finlandais », à Tallinn, dans les années 1970, avec une sorte de distance glaçante, comme si sous ce régime de surveillance, la peur s'infiltrait jusque dans les rapports de séduction. Ne serait-ce pas ce passé qui hante encore le corps de sa fille ?"

 

Mon avis : ♥ ♥ 

Je retrouve avec plaisir la plume de Sofi Oksanen avec Les Vaches de Staline, le prédécesseur de Purge (mais traduit en langue française après son successeur qui avait par ailleurs raflé de nombreux prix et que j'avais beaucoup aimé).

Cet auteur a un style bien à elle, et je crois qu'il n'y a pas de milieu : soit on aime, soit on aime pas. Pour Sofi Oksanen, les mots sont avant tout un outil qui lui permet de dire exactement ce qu'elle a à dire. Et tant pis s'il n'y a pas toujours de ponctuations, et tant pis si les phrases sont trop courtes ou trop longues. Qu'importe tant qu'elles traduisent parfaitement ses pensées. Toutes ces phrases touffues, je les vois comme un désordre ordonné : Sofi Oksanen sait très bien ce qu'elle veut dire et où elle va, et c'est à toi lecteur de suivre comme tu peux! Ce qui m'amène à une chose très simple : les romans de cet auteur ne sont pas une lecture facile mais sont néanmoins bien ancrés dans la littérature contemporaine. Le moment propice pour se plonger dedans ? Il doit être calme, silencieux et permettre une grande concentration.

Passons à l'histoire même. Une fin de Seconde Guerre Mondiale difficile, une Guerre Froide empoisonnante et une reconstruction "à l'occidentale" longue et laborieuse. Nous sommes en Estonie et en Finlande, et nous vivons ces périodes historiques en compagnie de trois générations de femmes : Sofia la grand-mère, Katariina la mère et Anna la fille. Comme dans Purge, l'auteur semble vouloir coller au mieux à la réalité historique ; Sofi Oksanen possède visiblement beaucoup de connaissances sur la vie des estoniens et des finlandais en ces périodes troublées, et elle nous en apprends beaucoup.

Les thèmes récurrents de ce roman sont les suivants : la peur, la méfiance et surtout l'obsession (de cacher son origine estonienne pour la mère et de manger pour la fille). Le message de Sofi Oksanen est très clair : les évènements historiques que l'on subit et les personnes qui nous entourent influent directement sur notre comportement, présent et futur. Les Vaches de Staline est un roman dur, parfois cru, mais on sort de cette lecture avec l'impression que l'on n'a pas perdu son temps.

Je conseille aux personnes qui se lancent dans ce roman de s'accrocher : le style de Sofi Oksanen n'est pas facile et demande beaucoup de concentration (ce qui lui a valu deux petits coeurs mais le troisième n'était pas loin), mais il vaut le détour.

 

Je tiens à remercier PriceMinister pour ce partenariat (le premier en ce qui me concerne!) et pour m'avoir permis de faire cette jolie découverte!

 

Une Citation : "Le socialisme ne réussirait jamais ailleurs que sur le papier pour la simple raison que les doigts de tout le monde ne se tendent que vers soi, vers l'intérieur, même quand la main s'avance pour donner." (p. 288)


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© Eloo 10/2011