20 juin 2012

La Délicatesse de David FOENKINOS

la délicatesse

♠ La Délicatesse de David FOENKINOS
Editions Gallimard - Coll. Folio. 2011. 209 p.

 

4ème de couverture :

      "François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu'un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d'abricot, c'est parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse... -Je vais prendre un jus... Un jus d'abricot, répondit Nathalie. Il l'a regarda comme si elle était une effraction de la réalité."

 

Mon Avis : ♥ ♥ ♥

La Délicatesse est un roman sans prétention. L'auteur David Foenkinos nous livre une histoire loin d'être hors du commun, une histoire qui pourrait très bien arriver à notre voisin de palier... Et c'est pour ça que j'ai adoré. Pour moi, la simplicité et le réalisme de la mise en situation et des personnages donnent à ce roman son truc en plus.

Dès le départ, j'ai aimé le personnage de Nathalie : pour sa première description "Elle aimait rire, elle aimait lire. Deux occupations rarement simultanées puisqu'elle préférait les histoires tristes" (p. 11) et parce qu'elle aime découvrir d'excellents auteurs méconnus, ce "qui peut faire réfléchir à l'injustice de la postérité." (p. 31). Nathalie est le personnage avec qui tout commence ; néanmoins, l'auteur nous permet aussi de discerner les facettes des autres personnages à travers leurs états d'âme qui nous sont livrés à l'état brut, tandis qu'ils défilent dans la tête de chacun. Si bien qu'il n'y a pas à proprement parler un personnage principal mais des personnages, tous liés soit par les sentiments, par la filiation, par le travail ou par le coup du sort. J'ai trouvé cet état de fait agréable.

Bien sûr, on ne peut occulter le fait que ce roman est un messager d'espoir. Après le décès de l'homme de sa vie, Nathalie ne se croit plus capable de vivre une nouvelle relation avec un autre homme. Elle se contente de survivre, et dans un premier temps c'est bien suffisant. Mais "le temps guérit toutes les blessures" (encore un adage ridicule  dirait presque D. Foenkinos dans son roman), et Nathalie ne dérogera pas à cette règle.

Concernant le style, je dois dire que David Foenkinos écrit de façon agréable, voire même parfois poétique. Il combat la monotonie à chaque instant : on trouve au détour des pages quelques figures de style (la phrase "Elle avait traversé l'adolescence sans heurt, respectant les passages piétons" (p. 11) m'a plu parmi quelques autres), parfois la narration se mue en script, et les notes de bas de pages bien qu'inutiles (c'est fait exprès!) donnent son charme au roman. L'insertion de chapitres "pauses" (= qui ne font pas avancer l'histoire, mais donnent des précisions sur un sujet abordé peu avant) sont comme des friandises : on ne peut s'empêcher d'en vouloir davantage! Petite parenthèse, j'ai particulièrement aimé le chapitre 92 "Quelques précisions techniques concernant les allergies au poisson" (p. 168), très instructif puisque mon Chéri a lui-même développé cette allergie (^^)...

Pour conclure, je vous conseillerai simplement de lire La Délicatesse avec la chanson L'Amour en fuite (Alain Souchon) en bruit de fond (sur deezer).

 

 

© Eloo 06/2012   

 

Posté par Eloo aime lire à 07:30 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :


13 juin 2012

Au Bonheur des Dames d'Emile ZOLA

au-bonheur-des-dames_couv

♠ Au Bonheur des Dames d'Emile Zola
Editions Le Livre de poche - Coll. Classiques. 1998. 542 p.
Première édition : 1883

 

4ème de couverture :

      "Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s'amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu'une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d'enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace. Zola fait de la jeune fille et de son puissant patron amoureux d'elle le symbole du modernisme et des crises qu'il suscite. Zola plonge le lecteur dans un bain de foule érotique. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie."

 

Mon Avis : [Classique]

Bien qu'Au Bonheur des Dames (1883) soit le 11ème tome du cycle Les Rougon-Macquart, il se lit parfaitement de manière indépendante. Le personnage principal de ce roman est un grand magasin parisien de tissus dirigé par Octave Mouret, le Bonheur des Dames. Emile Zola l'a créé de toutes pièces, s'inspirant de grands magasins de son époque tels que Le Bon Marché ou Les Grands Magasins du Louvre.

Au Bonheur des Dames permet à l'auteur d'analyser la société dans laquelle il évolue. A travers son texte, on suit avec impuissance le petit commerce de proximité se faire progressivement "dévoré" (Zola utilise souvent ce genre de métaphore) par le grand magasin (=la grande distribution). Par la même, on découvre l'apparition des premiers gestes commerciaux, des produits aux rabais et des diverses ruses pour inciter les clients à acheter davantage. Ce qu'il se passe dans nos magasins aujourd'hui n'est décidément rien de nouveau, Emile Zola aborde un sujet plus que jamais d'actualité.

L'auteur possède également un regard implacable sur l'être humain. Il met les pires vices des femmes en avant (la fièvre acheteuse est personnifiée par Mme. Marty, la jalousie maladive par Mme. Desforges, etc.), et montre parfois l'homme comme un être relativement primaire (Mouret est prêt à donner des milliers de francs à une jeune femme qui n'attend de lui qu'une preuve d'amour). Quand l'auteur décrit les riches clientes du magasin, il donne l'impression d'avoir bien peu d'estime pour les femmes qu'il montre faibles, sans résistance ni volonté. Mais le personnage de Denise nous détrompe immédiatement. Sous sa plume, Emile Zola en a fait une héroïne forte sous ses airs fragiles. Il en a fait une femme d'exception.

Quant à son personnage d'Octave Mouret, il est complexe et très travaillé. Emile Zola le rend fou d'amour pour sa jeune vendeuse Denise ; celui qui est prêt à mettre sur la paille tous ses concurrents sans aucun état d'âme aurait-il donc tout de même un coeur? Octave Mouret est un homme qui apparaît avant tout insatiable : il en veut toujours plus (plus de produits, plus d'espaces, plus de recettes, plus de femmes à ses genous, etc.) et en général, il obtient ce qu'il désire. Il ne peut donc supporter qu'une jeune femme puisse lui résister. Et comme Denise est la seule à ne pas se laisser cueillir comme une fleur, il tombe amoureux d'elle. Car celle-ci prouve par sa résistance qu'elle est son égale.

Comme il est souvent de mise dans la littérature du XIXème siècle, Au Bonheur des Dames regorge de descriptions. Chaque scène et chaque nouvelle situation est l'occasion pour Emile Zola de nous décrire l'environnement présent. Dans certains livres, cela peut parfois devenir lassant et rébarbatif, mais ici ce n'est pas le cas. L'auteur a un très beau style et il est très agréable de le lire. Avec plaisir, on le laisse nous faire visiter chaque lieu de son histoire.

En conclusion, je dirais que ce roman est une très belle découverte. Il m'a permis de rencontrer Emile Zola dans d'excellentes conditions. Je ne peux que vous le conseiller!

 

© Eloo 06/2012  

Posté par Eloo aime lire à 07:36 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,

09 mars 2012

Odette ou les tribulations d'une pigeonne de Lili PISSENLIT

odette

Odette ou les tribulations d'une pigeonne de Lili Pissenlit

Illustré par Marie Olé. Editions MicMac - Coll. Poche. 2011. 142 p.


4ème de couverture :

      "Je me présente : Big Foot, seulement depuis 3 jours, parce que jusque-là je m'appelais Odette! Je dois à Clara d'avoir été rebaptisée car elle m'a sauvé la vie en début de semaine. Je pourrais vous faire croire que j'étais poursuivie par des méchants, ou que j'essayais d'échapper à un animal féroce, mais non. J'avais juste oublié ma maladresse légendaire. Mais là n'est pas le plus grand drame de ma vie. Après m'avoir soigné la patte avec amour, Clara s'est persuadée de me promouvoir, moi, pigeon voyageur! C'est qu'elle a de la suite dans les idées. Franchement, c'est pas mon truc... en plus je n'ai absolument pas le sens de l'orientation..."

 

Mon Avis : etoile_jaune

‎"[...] sans compter ces humains qui nous considèrent comme des nuisibles... pour quelques malheureuses fientes lâchées ici et là, mais pour qui se prennent-ils? Ah! La jalousie, c'est ce qui les anime. Ils voudraient pouvoir en faire autant : voler et faire leurs commodités en même temps. Quand on n'est même pas fichu de marcher en mâchant du chewing-gum, on revoit ses prétentions à la baisse! Et je leur dirais ce proverbe, tout droit sorti du bec d'une alouette en pleine migration : "La plume au c... ne fait pas la crotte qui vole!" [...]" p.  10.

Odette, c'est ainsi que se nomme cette jolie pigeonne en couverture (J'adore les illu's, standing ovation pour Marie Olé!). A cause d'une désastreuse maladresse qui a bien failli lui coûter la vie, elle rencontre Clara, sa sauveuse. Celle-ci la rebaptise illico Big Foot et la prend pour un pigeon homosexuel! La fierté féminine d'Odette en prend un coût, mais la petite lui a sauvé la vie alors elle compose. Et quand celle-ci décide de faire d'elle un pigeon voyageur... Ben elle fait avec aussi. 'Faut bien, sans Clara elle ne serait plus là!

Lorsqu'Odette prend son envol, le précieux message accroché au bout d'une patte, elle ne se doute pas encore que ce voyage sera le premier d'une petite série. Et encore moins qu'elle va faire la connaissance d'un sacré personnage! Mamie Pomme est une vieille personne aux airs allumés : lors de leur première rencontre, elle porte une culotte sur la tête et la prend pour une brebis, rien que ça!

Odette ou les tribulations d'une pigeonne de Lili Pissentlit est un roman jeunesse vraiment très drôle... Mais pas que. Il traite d'une très belle façon l'éloignement d'une petite fille et de sa grand-mère qui ont tant vécu et partagé ensemble. C'est aussi l'histoire de parents qui ne savent pas comment expliquer à leur enfant que sa mamie adorée est atteinte de la maladie Alzheimer et qu'un jour cette dernière ne la reconnaîtra malheureusement plus... J'ai été touché en plein coeur. Et même si Odette est là pour nous divertir, j'en ai eu les larmes aux yeux en lisant les dernières pages. Peut-être parce que cette mamie ressemble beaucoup à la mienne?

Ce roman réussit le tour de force d'aborder un sujet difficile avec humour... On rit, on pleure. Merci Lili Pissenlit!


© Eloo 03/2012

Posté par Eloo aime lire à 19:32 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

09 février 2012

Ma nuit d'amour de Frédérique DEGHELT

ma nuit d'amour

Ma nuit d'amour de Frédérique DEGHELT

Edition Actes Sud Junior - Coll. D'une seule voix. 2011. 65 p.


4ème de couverture : 

      ""Au moment de nous séparer, il se penche vers moi, mon coeur va exploser et il murmure à mon oreille la fameuse phrase qui s'infiltre dans tout mon être comme un poison : Bientôt, nous passerons toute une nuit ensemble toi et moi, et nous ferons l'amour. Je relève la tête. J'ai le corps à feu et à sang, j'arrête de respirer". Elle a quinze ans, et jamais aucun garçon ne lui avait dit une chose pareille. Mais que faire de cette promesse maintenant? Quand on promet une nuit à une fille, ça doit vouloir dire qu'on la désire vraiment, non? Pourtant, sitôt dite, la phrase devient doute dans son esprit."


Mon avis : 

"Quand on promet toute une nuit à une fille, ça doit vouloir dire qu'on la désire vraiment? Qu'on en rêve? Qu'on veut vivre une histoire d'amour avec elle et pas seulement le faire à la sauvette pour clamer qu'on est un mec..." p. 34-35.

C'est étonnant comme un roman peut à la fois vous surprendre et vous décevoir. C'est le cas de Ma nuit d'amour qui nous offre du très bon... et du très mauvais.

Ma nuit d'amour manque cruellement de crédibilité. Est-ce que ça vous est déjà arrivé à vous qu'un beau type de 7 ans votre aîné vous glisse à l'oreille sans aucun préambule qu'il veut vous faire l'amour? Personnellement, je crois que Chandler (de la série Friends, allez savoir pourquoi mais il me fait fondre toute entière) m'a déjà fait le coup une ou deux fois... Mais c'était en rêve, pas de bol. Et bien à notre héroïne, ça lui arrive en vrai. Elle a 15 ans quand le grand frère de sa meilleure amie lui susurre ses fameux mots de façon naturelle et sans complexe, et malgré le fait qu'ils se connaissent depuis des années et qu'ils n'ont jamais rien partagé de particulier. Oui, j'ai eu du mal à gober ça. Surtout que la jeune demoiselle - qui n'a quasiment jamais vécu d'histoires d'amour - n'est pas plus étonnée que ça et est même carrément emballée par la proposition...

Je vous passe les détails et les états d'âme de la jeune fille qui ne m'ont pas captivé plus que ça (mais il fallait bien remplir les pages de ce mini-roman). Allons donc à l'essentiel : ces deux jeunes gens pleins d'audace et de fougue vont effectivement faire l'amour. Et c'est là que ça devient intéressant. Les descriptions sont très bien écrites et on a l'impression d'y être. Pas de vulgarité, mais bien les mots justes pour décrire ce moment fort que partage les deux protagonistes. Et c'est là que réside la force de ce roman. Selon moi, il devrait être mis entre toutes les mains des jeunes filles (et des jeunes hommes tant qu'à faire) qui s'apprêtent à faire le grand saut. Bien meilleur qu'un livre d'éducation sexuelle, ce fameux passage de Ma nuit d'amour devrait rassurer celles et ceux qui ont peur d'avoir mal ou de mal faire. Car pour notre héroïne, vous l'aurez compris, c'est la première fois, et comme tout le monde finalement, elle s'en sort plutôt bien.

Un mot sur la fin : dé-sas-treuse! Le dénouement tombe carrément à plat, c'est à s'arracher les cheveux. *Frustration* Je déteste carrément ce genre de fin. Pour moi, l'auteur aurait dû s'arrêter quelques pages avant, à son apothéose...

A mon avis, essayer de motiver des gens à lire un roman pour son unique bon passage, c'est un peu comme brasser du vent. Vraiment dommage. Le temps fort du roman est ternit par tout ce qui l'entoure. Et pourtant s'il avait été mis un peu plus en valeur, ça aurait pu donné une très bonne histoire. C'est comme lorsqu'on reçoit un présent et que le papier cadeau est carrément moche : on n'a pas envie de l'ouvrir même si ce qu'il contient risque de nous plaire...

"Depuis toujours, je fuis ce que j'entends dans le récit pathétique des filles. La main sur l'épaule au cinéma, les pelotages de seins et autres conquêtes du corps à  l'arrache, centimètres par centimètres. Tout cela me fait horreur. C'est pas de l'amour, c'est du grignotage." p. 42.


© Eloo 02/2012 

Posté par Eloo aime lire à 10:27 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

12 janvier 2012

Sauver Noël de Romain SARDOU

Parce que c'était Noël...

(Oui, je sais c'est fini tout ça, mais pendant les fêtes je n'arrive jamais à lire comme je veux...)

sauver noel

 Sauver Noël de Romain SARDOU (t. 2)

XO Editions. 2006. 245 p. 


4ème de couverture : 

      "Pour sauver Noël, une gouvernante de choc et un petit garçon avisé vont faire alliance contre le Mal... 1854, à Londres. Gloria Pickwick, femme au tempérament énergique, aussi ronde que rousse, est une perle rare : gouvernante, cuisinière, préceptrice des enfants, elle tient la vaste maison de Lord Balmour d'une poigne affectueuse. Aussi regarde t-elle d'un œil suspicieux leur nouveau voisin, l'étrange baron Ahriman. Mille rumeurs courent le quartier. Qui est ce baron? Il refuse toutes les invitations, ses volets restent clos... Parfois, une diligence menée par six chevaux noirs conduit des gens chez lui, des gens qu'on ne revoit jamais ! Arrive le 24 décembre. Tous les enfants, des fils de lords aux filles de lingères, se couchent en rêvant au lendemain. Mais le Père Noël ne vient pas. Aucun cadeau au pied des sapins illuminés. Une vague de tristesse submerge Londres. Une maison, et une seule, fait la fête ce jour-là, avec un tapage insolent. Les voisins étranges. C'en est trop pour Gloria, qui prend l'affaire en main. Et Harold, un petit garçon futé, s'engage avec elle dans l'aventure, amenant des renforts insolites : des lutins, une fée, des oies douées de parole et bien d'autres encore. L'objectif de cette drôle de troupe : sauver Noël ! Si c'est encore possible..."


Mon avis : ♥ ♥

Bon, tout d'abord sachez que ce livre est un tome 2, le tome 1 étant Une seconde avant Noël paru en 2005 aux mêmes éditions. J'étais peut-être la seule à ne pas le savoir ceci dit. Mais sachez aussi que commencer par le tome 2 ne gâche en rien la lecture (et c'est peut-être pour ça que ce n'est pas expressément indiqué). En fait, ce sont deux histoires différentes, simplement l'une se passe avant l'autre chronologiquement et certains personnages sont les mêmes. Mais Romain Sardou prend soin de ses lecteurs et fait en sorte de ne pas perdre les petits nouveaux dans son univers.

Car c'est bien tout un univers qu'il a créé. Romain Sardou part de mythes et légendes existants et utilise des personnages magiques connus, mais nous livre une histoire à sa propre sauce qui est tout à fait originale. Comme l'indique l'éditeur, on peut considérer ce livre comme un conte, en tout cas ça y ressemble beaucoup : on est invité à se laisser bercer par sa douceur parfois enfantine, mais en même temps ce roman n'est pas dépourvu d'action. 

Pour moi, c'est un roman à part entière. Romain Sardou a un vrai talent d'écriture et surtout le courage de se démarquer de ses compatriotes contemporains en ayant un style tout à fait propre. C'est inhabituel par rapport à ce qu'on lit d'habitude, mais pas dérangeant.

Noël prochain, je lirais peut-être le tome 1!

Et en attendant, je dirais simplement à ceux qui ont déjà lu ce roman et si ce n'est pas déjà fait, de taper le mot "Ahriman" sur un moteur de recherche : personnellement, j'aime bien trouver des preuves que les auteurs ne laissent jamais rien au hasard! ;)


~ C'est un roman pour rappeler aux adultes de croire en la magie. ~


© Eloo 01/2012

Posté par Eloo aime lire à 10:51 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :


09 novembre 2011

La Mémoire kidnappée de Thierry ROBBERECHT

la mémoire kidnappée

La Mémoire kidnappée de Thierry ROBBERECHT

Edition Syros - Coll. Souris noire. 2011 (nouvelle ed.). 152 p.

 

4ème de couverture : 

      "Walter se réveille dans la pénombre d'une chambre d'hôpital. Il a perdu la mémoire. A son chevet, une femme belle et élégante dont le visage ne lui évoque rien : sa mère. Trois autres personnes se relaient auprès de lui : son père, un homme grand, maigre et triste, le docteur Dalas et une infirmière antipathique, très préoccupée que Walter avale bien ses cinq pilules quotidiennes. Au bout de quelques jours, le jeune homme est autorisé à sortir. Il suit alors ses parents dans l'immense demeure familiale : ne doit-on pas toujours faire confiance à son papa et à sa maman?"

 

Mon avis : ♥ ♥ ♥

Il est plutôt rare que je me lance dans la lecture d'un roman jeunesse, et c'est une erreur car on y trouve de très bonnes choses, tout comme en romans ados ou adultes. Quand La Mémoire kidnappée est passé entre mes mains, j'ai eu instantanément envie de découvrir ce qu'il recelait. Avec ses 152 pages, ce roman a été lu en une petite heure, et il a été une très bonne surprise.

L'histoire est vraiment bien ficelée et elle tient la route jusqu'à la dernière page. L'auteur,Thierry Robberecht, maitrise avec perfection l'art du suspense. Nous vivons avec Walter sa quête d'identité et de vérité : pourquoi sa mémoire ne lui revient pas? Pourquoi ses parents n'ont pas l'air si aimants que ça? Et pourquoi tiennent-il tous à ce qu'il avale leurs précieuses pilules vertes ? L'auteur a réussi le tour de force de nous faire ressentir et partager les émotions de ce garçon qui en a oublié jusqu'à son prénom : l'incompréhension, la peur, et l'envie de s'en sortir coûte que coûte, quitte à ne plus faire confiance à ses propres parents...

Une histoire haletante à mettre dans toutes les petites (et grandes) mains. Idéal pour les 8-12 ans qui ont envie de se faire un peu peur!

 

© Eloo 11/2011

Posté par Eloo aime lire à 21:37 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :

02 août 2011

Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom de Barbara CONSTANTINE

 9782013229500-T

Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom

de Barbara CONSTANTINE

Le livre de poche jeunesse - Coll. Contemporain Collège

2011

254 p.

4ème de couverture :

      "Tom a onze ans. Sa mère en a vingt-quatre. La vie n’est pas facile pour eux, et Tom doit souvent se débrouiller seul. Quand les placards sont vides, il visite les potagers, vole les carottes, les pommes de terre et mitonne des petits plats. Un soir, en cherchant un nouveau jardin, Tom tombe sur Madeleine, une vieille dame couchée par terre au milieu de ses choux. Tom lui vient en aide."

 

Mon avis :

Tout d’abord, on pourrait dire que ce petit roman jeunesse a son alter ego en roman adulte : rappelez-vous l’émouvant Ensemble, c’est tout (clique!) d’Anna Gavalda. La base est la même : des personnes en galère, qui malgré leurs différences, vont s’entraider pour mieux remonter la pente. On sent sort rarement tout seul, et ils le comprendront aux fils des pages, presque malgré eux (quand j’vous dis que ça ressemble !).

Nous avons là Joss et son fils Tom. Joss a eu Tom très jeune et du coup elle n’assume qu’épisodiquement son rôle de mère. Par conséquent, Tom a été obligé de grandir plus vite et d'apprendre à se débrouiller tout seul. Pour un garçon de 11 ans, on peut le trouver étonnement précoce, au point d'avoir peur que cela ne soit plus crédible au fil de la lecture. Mais finalement ça ne dérange pas plus que ça, on comprend que Tom est plus mûr car il n’a pas d’autre choix : il doit s’occuper de lui tout seul la majeure partie du temps et certaines responsabilités pèsent sur ses petites épaules, comme apporter des vivres au quotidien par exemple. On se demande d’ailleurs parfois qui est le véritable adulte responsable dans l’histoire : Joss ou Tom ? La question peut se poser.

Il y a aussi Madeleine, la petite vieille. Elle est toute seule dans sa grande maison qu’il faut entretenir et Tom va se mettre à l’aider presque malgré lui. Encore une responsabilité… Mais même s’il n’en a pas forcément conscience, elle va, elle aussi, lui apporter énormément ! C’est finalement une grand-mère de substitution parfaite…

Les voisins, Odette et Archibald, sont des personnages secondaires, oui mais indispensables. Ils rajoutent de la gaîté et des rires dans ce roman. Tom va régulièrement se servir dans leur potager et il est particulièrement fier de ses petits coups en douce, persuadé qu’il est de ne pas s’être fait découvert (comme quoi Tom a quand même gardé sa naïveté et sa belle innocence d’enfant).

Et pis enfin nous avons Samy, fraîchement sorti de prison, qui essaye de reconstruire sa vie. Je ne vais pas en dire plus sur ce personnage, de peur de vous gâcher la lecture.

Pour finir, je dirais que j’ai beaucoup aimé ce roman mais que je me suis plusieurs fois demandée s’il était réellement adapté à un public jeunesse. Pour les 4/5 du roman, oui, mais certains passages sont vraiment crus. C’est dommage car je pense que j’aurais dû mal à le conseiller à un enfant entre 8 et 12 ans, et en même temps, il risque de ne pas spécialement intéresser un ado, qui lit d’autres choses, d’autres thèmes. Du coup, il reste un public très restreint (les 12-14 ans) et les adultes bookivores comme moi… et sûrement comme vous qui me lisez ! L’éditeur a décidé d’intégrer Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom dans sa collection « Contemporain Collège » et je trouve cette idée judicieuse, à savoir de proposer d’allier cette lecture avec les commentaires d’un bon professeur de français.


Citations :

"C'est bizarre, hein ? Y a des questions qu'on ne pose jamais, pour pas passer pour un con. Et on en reste un sacré gros, en fin de compte !" Samy, p. 95.

[Joss parlant de ses seins.] "-Je vais me faire opérer. -Ah. Josette laisse passer l'ange. -Toutes les filles rêveraient d'en avoir des comme toi, tu sais. -Oui, mais moi, ça m'fait pas rêver. Ca m'empêche juste de voir mes pieds. Et j'aimerais un jour arriver à ne plus marcher dans la merde. -Ah. OK." p.101.


Avis de ma partenaire blogueuse Instant-Littéraire.

Posté par Eloo aime lire à 21:18 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :

29 juin 2011

La Vie extraordinaire des gens ordinaires de Fabrice COLIN

La_Vie_extraordinaire_des_gens_ordinaires

La vie extraordinaire des gens ordinaires

de Fabrice COLIN

Edition Flammarion

2010

329 p.

4ème de couverture :

      "Il me restait vingt adresses : vingt lieux éparpillés aux quatre coins du monde, et vingt histoires toutes plus incroyables les unes que les autres. C’est ce jour où le titre de ce livre m’est venu : La Vie extraordinaire des gens ordinaires."

 

« Lisez. Lisez, de la première à la dernière page. Si ça vous plait, débrouillez-vous pour en faire un livre. » p. 14.

 

Mon avis : etoile_jaune

 

Il y a des livres comme ça, où on ne trouve pas les mots. Ce livre est un coup de cœur, assurément. Et pourtant, quelle difficulté pour écrire cette chronique ! Peut-être parce qu’il n’y a rien à ajouter. La vie extraordinaire des gens ordinaires est à découvrir tout entier.

Un homme rencontre un poète qui a rencontré des gens. Le poète a raconté ces gens sur le papier et a confié leurs histoires à l’homme. L’homme partage ces bouts de vie avec nous. Voilà.

C’est un faux recueil de nouvelles : il en donne l’impression sans l’être vraiment. Car chaque personne a son histoire et son destin. 20 petites histoires qui sont tout autant un remontant qu’une bonne tartine de Nutellaà mon humble avis -.

Vraies ou fausses histoires ? Qu’importe tant que l’on a envie d’y croire.

Mes coups de cœur dans ce coup de cœur : Inspirer/Expirer et Chacun son truc.

Un véritable tour du monde en histoires, foncez !

 

 « L’incroyable n’est incroyable que si d’autres personnes autour de vous n’y croient pas. » p. 282.

Posté par Eloo aime lire à 11:05 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

21 avril 2011

Mort aux cons de Carl ADERHOLD

 

Mort_aux_cons___Carl_Aderhold

Mort aux cons de Carl ADERHOLD

Edition Hachette Littératures

2007

410 p.

4ème de couverture :

"Contrairement à l'idée répandue, les cons ne sont pas réformables ; les campagnes de prévention ou les actions pédagogiques n'ont pas de prise sur eux. Une seule chose peut les amener non pas à changer, mais du moins à se tenir tranquille : la peur. Je veux qu'ils sachent que je les surveille et que le temps de l'impunité est révolu. Je compte à mon actif cent quarante meurtres de cons. Afin qu'ils ne soient pas morts pour rien; je vous enjoins de lire ce manifeste. Il explique le sens véritable de mon combat."

Qui n'a jamais rêvé de tuer son voisin le dimanche matin quand il vous réveille à coups de perceuse? Ou d'envoyer dans le décor l'automobiliste qui vous serre de trop près? Le héros de cette histoire, lui ,a décidé un jour de passer à l'action.

 

Mon avis :

J'ai eu envie de découvrir ce livre après avoir entendu à un avis plus qu'enthousiaste de la part d'une collègue. Il faut dire que le sujet est vraiment original et tentant : un homme décide d'éliminer physiquement tous les cons qui ont le malheur de croiser son chemin. Qui n'a jamais rêver de se débarasser d'un enquiquineur  est un menteur. Lui il va rendre ses rêves réalité.

Tout commence avec le meurtre du chat de sa voisine. Notre narrateur se rend compte que la mort de l'animal renforce les liens de solidarité autour de la personne en deuil. Voyant cet acte négatif avoir des effets positifs, il décide de poursuivre son action en tuant de nombreux animaux de compagnie, chiens et chats pour la plupart. Puis, pas assez satisfait, il décide de passer un cap : celui des humains.  L'automobiliste qui colle un peu trop, les collègues et chefs du boulot, les enfants qui crient dans le parc, monsieur je-sais-tout, la concierge qui commère... tout le monde y passe (il ne faut pas oublier que tout le monde est le con de quelqu'un, ce qui rend ce projet sans limite) et tout s'enchaine. C'est totalement prévisible et les meurtres sont à la chaine, mais après tout le titre nous aura prévenu. Cette mission va prendre toute la place dans la vie  du narrateur jusqu'à en devenir obsedante. Celui-ci tente même de théoriser son action pour lui donner un véritable sens. Pour cela, il reçoit l'aide, comble de l'ironie, d'un officier de police.  Au début on adhère, puis au fil des meurtres, on se rend compte que l'on a affaire à un  vrai meurtrier en série complètement psychopate.

Trop de meurtres tuent le meurtre. J'ai eu du mal pendant certains passages, j'ai parfois trainé et j'ai fait des pauses durant ma lecture. La raison est simple : j'ai fait une overdose de meurtres! Lorsque je suis arrivée à la dernière page de Mort aux cons, j'étais contente, presque soulagée, d'être parvenue au bout mais je garde quand même un bon souvenir de cette lecture. Chapeau bas à Carl Aderhold pour ce roman ingénieux, très poussé, qui tient la route jusqu'au bout!

SPOILERS (surligne pour voir!) : Et pour une fois, c'est le méchant qui gagne (puisqu'il n'est pas arrêté à la fin du livre). Et ça fait franchement du bien! Je trouve cette fin à la hauteur de ce roman et de mes atentes.

Posté par Eloo aime lire à 13:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

24 février 2011

Blog de Jean-Philippe BLONDEL

Blog

Blog de Jean-Philippe BLONDEL
Édition Actes Sud Junior - Collection Ado
2010
114 p.

      Un adolescent découvre que son père va régulièrement visiter son blog. Très en colère, il décide de ne plus le mettre à jour et de ne plus adresser la parole à son père.  Ce dernier, rongé par la culpabilité, décide de faire un cadeau d’une valeur inestimable à son fils : il lui laisse la possibilité de fouiller dans un carton rempli de ses propres souvenirs de jeunesse (photos, journaux intimes, etc.) et de découvrir son secret. Au-delà du thème de la filiation, ce roman aborde le premier amour et la puissance des sentiments, l’amitié et le pardon, ainsi que le passage de l’enfance à l’âge adulte.

 

Mon avis :

J'ai beaucoup aimé Blog, c'est un petit roman vraiment touchant. J'ai parfois trouvé que le narrateur dramatisait un peu la situation (notamment quand il qualifie l’acte de son père de « viol virtuel ») avant de me rappeler que tout prend de grandes proportions au moment de l'adolescence. Le secret de son père m'a émut, même si je pense qu'à sa place, je ne l'aurai pas caché à mes enfants. Ca n’en reste pas moins un coup de cœur !

Jean-Philippe Blondel est très doué pour manier les mots et en faire de jolies farandoles. Sa plume me plait beaucoup.

Un grand bravo à la collection Ado de l’éditeur Actes Sud Junior pour ses couvertures magnifiques !

 

Quelques citations :

"Le blog, c'était mon espace privé. Mon domaine. Et il a tout salopé. Je trouve ça dégueulasse. Ma révolte, je la revendique. Parce qu'il ne s'est pas retrouvé sur mon blog par hasard. Et qu'il ne s'y est pas rendu qu'une fois. Il l'a suivi, pisté, décortiqué. Quand je suis en face de lui, maintenant, j'ai l'impression de me promener nu en pleine ville." p.10.

"Je voulais prendre le temps de décider. De ne pas agir à la légère. De me comporter en adulte puisque les adultes avaient des comportements d'enfants." p.36.

"Il faudrait un vocabulaire novateur. Du moderne. J'ai eu ma dose d'ancien, hier soir. Aujourd'hui, je pense à moi et à moi seul. J'ai une vie à réussir, moi - je n'ai pas de vieillesse à gâcher." p.46.

"Je sens la vie qui coule dans mes veines - la vie et toutes ses passions. Toutes ses couleurs vives. Je ne veux jamais être une photo aux teintes délavées. Je ne veux pas finir au fond d'un carton, dans un grenier. Je ne veux pas avorter mes rêves." p.66.

"Je commence à ressentir l'étroitesse - du pavillon, de la vie de mes parents. Je trouve qu'il n'y a pas assez de superficie, ici, pour laisser s'épanouir les rêves." p.71.

"Les yeux de Marc à nouveau. Sur moi - insistants. Ils me fusillent et me protègent en même temps. Ils me radiographient. Ils sondent mes forces, mes faiblesses, mes fêlures et mes certitudes. Je comprends avant même qu'il ne prononce les mots." p.82.

Posté par Eloo aime lire à 12:42 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags :