l'appât

L'Appât de José Carlos SOMOZA.

Editions Actes Sud - Coll. Lettres hispaniques. 2011. 409 p.


4ème de couverture :

      "Lever de rideau. Ici une bretelle noire glisse sur une peau diaphane, là des yeux mi-clos quémandent un improbable pardon : parure et posture. Elles charment et abusent les sens, elles disent qui est le maître. Si le grand ordonnateur de ce manichéisme visuel s'appelle Shakespeare, nous ne sommes pas sur les planches du théâtre du Globe mais dans le centre de formation ultramoderne de la police madrilène. Des instructeurs y décryptent les codes élisabéthains, qui placent la satisfaction du désir à l'épicentre de notre psyché. Les agents sont formés à la technique des "masques" : identifier en quelques secondes la nature du désir le plus profond du suspect pour provoquer en lui une overdose du seul plaisir auquel il ne peut résister. On les appelle les "appâts", Diana Blanco est leur meilleur élément.

Quand elle découvre que sa jeune soeur est aux prises avec l'insaisissable Spectateur qui terrifie la ville, elle mène une course contre la montre qui la conduit jusqu'à l'antre du monstre. C'est du moins ce qu'elle croit.

Subversif ? Troublant ? Inventif ? Ingénieux ? C'est Comme il vous plaira. Mais si "Le monde entier est un théâtre", José Carlos Somoza signe ici une magistrale mise en scène."


Mon Avis :  etoile_jaune

De nombreux romans me sont passés entre les mains ce jour-là, et si mon choix s'est rapidement porté sur L'Appât de José Carlos Somoza, c'est à cause de la couverture que je trouve à la fois magnifique et inquiétante. Elle me rappelle l'univers de Tim Burton et les illustrations de Benjamin Lacombe, mais elle est signée de la plume d'une autre artiste talentueuse, Nathalie Shau.

Ce thriller est uchronique : l'histoire se passe dans un temps qui n'existe pas, dans une époque à la fois familière et futuriste, et qui tend parfois vers le fantastique. José Carlos Somoza nous invite dans son monde où l'oeuvre de Shakespeare est à la base de tous les possibles. Dans ses nombreuses pièces et à travers ses personnages, le célèbre dramaturge anglais explore l'être humain sous toutes ses coutures, mettant en avant ses émotions, ses pulsions, ses désirs et ses plaisirs (surtout les moins avouables). Un outil pour José Carlos Somoza qui, loin de se noyer dans l'étendue "shakespearien", nous livre sa curieuse analyse avec persuasion et crédibilité.

Au début, la complexité du travail d'appât et de la théorie du psynome peuvent rendre un peu perplexe. L'auteur prend le temps de nous les expliquer tout au long de son histoire, ce qui peut être frustrant mais qui alimente aussi avec soin le suspense. Et du suspense, il n'en manque pas. José Carlos Somoza nous balade, nous induit en erreur et nous invite sur les mauvais chemins. Il sait tout simplement nous surprendre jusqu'au point final. Mais malgré tout, rien n'ait laissé au hasard, l'intrigue est parfaitement sous contrôle de l'auteur qui ne néglige aucun détail. Et toutes nos questions finissent par trouver leurs réponses.

José Carlos Somoza maîtrise l'art de jouer avec nos peurs et nos nerfs, et il a de toute évidence le goût du spectaculaire. J'ajouterais que c'est à la lecture des dernières pages que le titre de ce roman prend vraiment tout son sens.

Il y a peu d'auteurs qui savent manier les mots au point d'en inventer des nouveaux tout en nous persuadant qu'ils existaient déjà. José Carlos Somoza le fait.

 

© Eloo 04/2012